Alors que la gouvernance européenne traverse une phase de turbulences inédites, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, se retrouve au cœur d’une crise institutionnelle majeure. En 2025, elle fait face à deux motions de censure successives, susceptibles de mettre en péril son mandat à la tête de la Commission européenne. Dans le même temps, en France, Emmanuel Macron voit ses gouvernements successifs tomber les uns après les autres, alimentant sur les réseaux sociaux une théorie selon laquelle le président français pourrait aspirer à remplacer Ursula von der Leyen à la présidence de la Commission. Qu’en est-il vraiment de ce scénario ?
Les enjeux autour de la destitution d’Ursula von der Leyen expliqués
Depuis sa réélection en juillet 2024 pour un second mandat, Ursula von der Leyen semble plus fragilisée que jamais. En effet, la pression politique s’intensifie au Parlement européen où deux motions de censure, déposées en septembre dernier, sont mises au vote. Ces motions, portées par des eurodéputés français issus de l’extrême droite et de la gauche radicale, pointent du doigt la présidente pour son rôle dans la signature d’un accord commercial controversé avec les États-Unis, impliquant une taxe de 15 % sur les exportations européennes.
Ces tentatives de destitution ne sont pas inédites historiquement, mais leur fréquence et leur rapidité dans la durée du mandat de von der Leyen constituent un phénomène sans précédent en matière de politique européenne. Certains observateurs y lisent un signe des bouleversements politiques actuels traversant l’Union européenne, conjugués à une présence renforcée de l’extrême droite au Parlement européen.

Une motion de censure à l’ombre des équilibres politiques européens
Pour déposer une motion de censure, un minimum d’un dixième des députés européens doit se mobiliser – soit 72 députés. Le groupe de Jordan Bardella, leader des Patriotes pour l’Europe et eurosceptique notoire, dispose d’un atout considérable avec 85 eurodéputés, ce qui facilite la mobilisation contre von der Leyen. En revanche, la gauche radicale, représentée par Manon Aubry, a dû rallier des députés d’autres groupes pour atteindre ce seuil. Ce croisement politique démontre la complexité et la fragmentation du Parlement européen actuel.
Malgré cette mobilisation, les chances qu’une telle motion aboutisse restent minimes : elle requiert une majorité des suffrages exprimés correspondant aux deux tiers du Parlement, une majorité difficile à réunir compte tenu des soutiens que la présidente conserve notamment au sein du Parti populaire européen (PPE) et des forces centristes.
Emmanuel Macron pourrait-il succéder à Ursula von der Leyen ?
Cette question, alimentée par des spéculations sur les réseaux sociaux, soulève de nombreux débats autour de la succession politique à la tête de la Commission européenne. Si la démission d’Ursula von der Leyen était actée, les règles institutionnelles indiquent que ses anciens membres continueraient à assurer les affaires courantes jusqu’à la nomination d’une nouvelle Commission.
Or, il n’existe aucune démarche officielle ou intention publique de la part d’Emmanuel Macron visant à briguer ce poste. Par ailleurs, d’un point de vue institutionnel, les anciens chefs d’État ou de gouvernement qui se rapprochent de la fin de leur mandat optent souvent pour des rôles liés au Conseil européen plutôt qu’à la présidence de la Commission.
La présidence du Conseil européen, par exemple, est une trajectoire vers laquelle convergent régulièrement les anciens dirigeants européens majeurs, ce qui rend peu probable un passage direct d’Emmanuel Macron à la tête de la Commission européenne. Pour mieux comprendre les dynamiques à l’œuvre, il convient d’analyser les répercussions en France, où le chef de l’État connaît une forte instabilité gouvernementale, qui ne se traduit pas automatiquement par une ambition européenne assumée.
Un contexte de crise institutionnelle et de gouvernance européenne fragile
L’année 2025 ouvre un chapitre délicat pour la gouvernance de l’Union européenne. Le Parlement européen est marqué par une montée des tensions, avec une extrême droite mieux organisée et plus influente, contribuant à une atmosphère politique de défiance. Malgré cela, Ursula von der Leyen bénéficie toujours d’un socle solide au sein du PPE et entrevoit la possibilité de poursuivre ses efforts pour restaurer la cohésion de la Commission.
Cette crise institutionnelle illustre aussi la difficulté croissante à maintenir une unité politique face à des divisions idéologiques profondes. Le poids politique d’Emmanuel Macron, dans ce contexte, apparaît davantage comme un levier national plutôt qu’un projet communautaire direct. Ses ambitions semblent pour l’instant contenues, plus focalisées sur l’échiquier français que sur une expansion vers la présidence de la Commission.